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Jeudi 9 novembre - 18h30

L’histoire des soldats russes en France et la mutinerie du camp de La Courtine

Une conférence présentée par

Jean-Paul Gady
Secrétaire de l’association La Courtine 1917

Eric MolodtzoffVice
Président de l’association La Courtine 1917

Petit-fils de Michel Molodtzoff, soldat de la 1ère Brigade du Corps expéditionnaire RusseJean-Paul Gady et Eric Molodtzoff sont coauteurs du livre 1917 le Limousin et la Révolution russe qu’ils présenteront et dédicaceront le 9 novembre.

Les brigades russes en France
Le principe de l’envoi de soldats russes sur le front de France est acquis lors de la mission de Paul Doumer en Russie, à l’automne 1915. Ces troupes de l’allié russe étaient destinées à combler les vides laissés au front après les saignées des combats de 1914 et 1915. Le gouvernement français promet en échange des fusils pour l’armée russe. Sur quatre brigades mises sur pied, deux d’entre elles, les 1ère et 3ème, partent pour la France. La 1ère débarque à Marseille en avril 1916 via la Sibérie et la voie maritime de Vladivostok. Elle est affectée sur le front dès l’été 1916 près d’Auberive, à l’est de Reims. Les troupes russes y subirent immédiatement des pertes importantes avant d’être lancées dans la grande offensive Nivelle d’avril 1917, au cœur du dispositif d’attaque. Les événements de mars 1917 en Russie sont d’abord bien accueillis par les soldats russes en France. Le gouvernement provisoire, en nommant de nouveaux représentants, donne des consignes de démocratisation de l’armée. Des soviets apparaissent au sein de la 1ère brigade dans le 1er régiment. Les bouleversements de la première révolution russe, l’échec sanglant de l’offensive d’avril puis la crise des mutineries dans l’armée française, soutiennent l’expression du mécontentement. Le 1er mai 1917, des manifestations éclatent où les drapeaux rouges sont levés. Les ordres des officiers russes ne sont plus respectés.

De la quarantaine à la révolte
Les soldats russes, suspects aux yeux des autorités françaises apeurées par un possible phénomène de contagion, sont retirés du front et placés dans différents camps, avant d’être internés au camp de La Courtine à partir de juin 1917. Les soldats russes se divisent entre partisans de la poursuite des combats aux côtés de l’armée française et révoltés. Le 5 juillet, les Comités de soldats de la 1ère brigade organisèrent une première assemblée générale ; sur les 5000 hommes présents, plusieurs centaines appartiennent à la 3ème brigade. La proclamation adoptée insiste sur deux revendications : la fin des mauvais traitements et le rapatriement. De véritables combats eurent lieux du 16 au 19 septembre 1917. 5000 soldats de l’armée française et des unités restées fidèles au commandement russe, imposent la reddition des mutins après trois jours de bombardements du camp. La révolte de La Courtine a fait officiellement 9 morts (sources de l’armée). Le bilan estimé d’après les recherches des historiens est bien plus important.

Février 1916 : dix mille soldats russes, une première brigade du corps expéditionnaire, quitte la Russie pour venir combattre sur le front français contre l’armée allemande dans le cadre d’un accord passé entre le gouvernement Français et le tsar de Russie Nicolas II.
Août 1916 : trois autres brigades arrivent dans les ports de Brest et de la Palice. La 1ère et la 3ème brigade vont combattre en France, la 2ème et la 4ème sont envoyées sur le front d’Orient.
Février 1917 : une révolution éclate en Russie et le tsar Nicolas II, dernier des Romanov, abdique sous la pression d’un peuple épuisé par la Guerre. Naissent les soviets, organes de la nouvelle démocratie révolutionnaire, tandis que s’organise un gouvernement provisoire. Les soldats russes en France soumis à la discipline de l’ancien régime, exigent d’être traités dignement. Suivant l’exemple de leurs camarades restés en Russie, ils forment des conseils de soldats au sein même des unités françaises dans lesquelles ils avaient été intégrés.
Avril 1917 : offensive Nivelle dite du Chemin des Dames dans le département de l’Aisne. 270 000 soldats français sont tués ou portés disparus en quelques jours dans cette horrible boucherie de même que 6000 des soldats russes de la 1ère et de la 3ème brigade. Leurs camarades survivants protestent contre le commandement et exigent d’être rapatriés en Russie, ce qui leur est refusé.
En France, dès le printemps 1917, l’opinion, la presse, les soldats au front se passionnent pour la grande lueur à l’Est.
1er mai 1917 : les soldats russes à Champaubert dans la Marne manifestent en arborant des oriflammes rouges et des calicots sur lesquels il est écrit : « Vive les soviets des soldats, à bas la guerre ! ». L’Etat-major s’affolant à l’idée que la révolte des soldats russes puisse donner l’exemple aux soldats français, décide de les éloigner loin du front, en les internant au camp militaire de la Courtine, dans la Creuse.
26 juin 1917 : arrivée à La Courtine des 10 000 soldats russes de la 1ère brigade. Ils se mutinent et avec les délégués de leur soviet, refusent pendant trois mois de rendre leurs armes et d’obéir à leurs officiers.
16, 17, 18 septembre 1917 : des unités restées fidèles au commandement russe ainsi que 5 000 soldats de l’armée française, imposent la reddition des mutins après trois jours de bombardements du camp. Selon les sources de l’armée, le bilan serait de 9 morts et de 46 blessés. Les historiens quant à eux, estiment qu’il y a eu vraisemblablement des dizaines de tués.

Ce que sont devenus les mutins
Les autorités russes vont classer les mutins en 3 catégories selon leur engagement. Ceux qui sont jugés les plus coupables, 249 hommes, sont envoyés en détention au Fort Liédot sur l’Ile d’Aix. 300 autres seront internés au camp de Bourg-Lastic (Puy de Dôme). Les autres soldats ont le choix entre s’engager dans la légion russe et continuer à combattre, ce que feront quelques centaines d’entre eux, ou opter pour les compagnies de travail principalement dans l’Est de la France ce qui fut le cas de 11 000 autres soldats des 2 brigades. Près de 5 000 refusent ces deux engagements et sont envoyés aux travaux forcés en Algérie ou placés d’office dans des fermes pour remplacer les fellahs combattant en France.
C’est en 1919 que le gouvernement de Lénine organise le rapatriement de la plupart de ces ex soldats russes dans leur pays natal. Quelques centaines vont rester travailler en France, s’installer et fonder leurs familles.



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